Accompagner l’épanouissement des jeunes migrants par le jeu, le sport et la créativité

Analyse de Leïla Scheurette
© Une analyse de l’IRFAM, Liège, 2020

Pour citer cette analyse
Leïla Scheurette, « Accompagner l’épanouissement des jeunes migrants par le jeu, le sport et la créativité ?»,  Analyses de l’IRFAM, n°7, 2020.

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Début septembre, Y. Boughanem, 21 fois champion de Belgique, inaugurait au coeur de Bruxelles son école de boxe thaï. Convaincu par le potentiel du sport, il espère ainsi inspirer plus de jeunes : « les enfants, c’est dans le jeu qu’ils se développent » ! Favoriser l’épanouissement par le jeu, le sport ou l’art, c’est aussi l’objectif de milliers d’associations et de clubs à travers le pays qui se donnent, chaque jour, pour mission de rendre le quotidien des jeunes plus riche. A travers la présente analyse, nous avons tenu, dans un premier temps, à mettre en lumière l’importance des mobilisations associatives et citoyennes afin d’illustrer la place des activités extrascolaires dans l’épanouissement des enfants. Dans un second temps, nous avons jugé pertinent de synthétiser les recherches sociologiques, psychologiques et médicales récentes qui abordent l’impact de ces activités sur le développement psychosocial des enfants et des jeunes migrants. Enfin, la conclusion s’articule autour de l’importance de soutenir davantage politiquement la société civile et les bénévoles dans leurs efforts pour favoriser l’épanouissement des citoyens de demain.


Mobilisations locales et citoyennes


Les activités sportives, ludiques et créatives sont indispensables pour l’épanouissement des enfants et des adolescents, c’est un fait communément admis. Néanmoins, force est de constater qu’elles sont souvent reléguées au second plan, leur importance souvent relativisée au profit des matières formelles comme la scolarité. Dans le cursus scolaire belge, si la pratique du sport est obligatoire, les activités artistiques ou ludiques ne le sont généralement pas. Reste alors la possibilité de pratiquer des activités en dehors des heures de cours. Cependant, les coûts des ateliers extrascolaires (inégalement distribués selon les localités) ne sont pas abordables pour toutes les familles. Heureusement, certaines structures comme les maisons de jeunes ou les écoles des devoirs ouvrent leurs portes à moindres frais aux jeunes. Si elles sont généralement encadrées et subsidiées, les besoins humains et matériels y dépassent largement les moyens mis à disposition, et la grande majorité d’entre elles ne pourraient mener à bien leur mission sans le soutien dans la durée de citoyens bénévoles.


La Baraka : interculturel, loisirs et expression au service du bien-être


Abordons le sujet par un exemple. À quelques rues de l’IRFAM, se trouve le Centre de Jeunes de l’Ouest — La Baraka ASBL, reconnue par les pouvoirs publics en tant que maison de jeunes, école de Devoirs et centre d’expression et de créativité. Carole Van Hoye, Ally Dugumbi et Xavier Hutsemekers, intervenants à La Baraka, ont accepté de mettre en lumière leur travail quotidien pour les jeunes du quartier Sainte-Marguerite.
« À l’image de la population du quartier, ces jeunes sont pour la plupart d’origine étrangère. Certains sont primo-arrivants alors que d’autres proviennent de familles ancrées depuis quelques années dans le quartier, depuis plusieurs générations, parfois. »


Une pléthore d’activités sont proposées aux enfants et aux jeunes : cours de théâtre et de cinématographie, break dance et peinture, ainsi que du sport en tout genre, accessibles pour les plus jeunes et pour adolescents.
« En fréquentant La Baraka, le jeune apprend à se connaître au travers de ses propres expériences, mais surtout au travers de la rencontre avec l’Autre. Il développe son identité dans un cadre qui se veut bienveillant, qui lui permet de se construire, de “déconstruire” son environnement, de s’ouvrir et de s’affirmer. En d’autres mots, de grandir et de trouver sa place dans le monde qui l’entoure, de s’y adapter et d’évoluer, encore. »

Toutefois, comme le soulignent les intervenants de La Baraka, sans bénévoles, certaines activités comme l’école de devoirs — qui, en plus d’accompagner les enfants dans leurs travaux scolaires, inclut des activités sportives, culturelles, culinaires et artistiques — ne pourraient pas fonctionner. Rien que dans cette association, les volontaires sont au nombre de quinze. Le volontariat constitue un indispensable complément qui permet d’offrir une diversité d’interlocuteurs et d’activités aux jeunes participants, sur une plage horaire élargie. Si la majorité des bénévoles est composée d’hommes, leur profil varie de l’étudiant au pensionné. On constate également que la plupart des volontaires peuvent être dans une situation économique précaire (bénéficiaires d’allocations sociales).
« La diversité est une norme à La Baraka. C’est un lieu de rencontre, d’échange et de partage : les jeunes s’y retrouvent pour être ensemble, pour participer à des activités, créer des projets et les réaliser. Ils y trouvent parfois des personnes issues d’une même culture que la leur, ce qui leur permet de continuer de faire vivre leur culture d’origine, leur langue maternelle et de les valoriser. Ils y découvrent aussi d’autres cultures, d’autres modèles : le vivre-ensemble est un apprentissage en lui-même, mais aussi un moyen de comprendre le monde. Pour les intervenants, « il est nécessaire de valoriser ces jeunes, leurs parcours et leurs expériences, de défendre l’idée qu’ils ont une place dans la société. »


Valoriser les jeunes et leur parcours, mais aussi les bénévoles, leur donner la parole, partager leurs expériences et leur permettre de s’exprimer par différents moyens sont des objectifs concrets poursuivis par les travailleurs de La Baraka. « L’accent est mis principalement sur l’expression, conventionnelle ou non formelle : parfois en réponse à des besoins essentiels, par exemple en proposant des cours de français ou l’accompagnement aux travaux scolaires, mais aussi par des activités diversifiées : les danses urbaines, la vidéo, l’atelier rap, les ateliers de théâtre, de dessin, de chant, des sorties culturelles ou de détente, des échanges nationaux ou internationaux avec d’autres jeunes. »
« À La Baraka, chacun est libre de s’inscrire, de participer aux ateliers et aux projets. La notion de plaisir et de bien-être fait partie intégrante des activités : sans ces éléments, il n’y a pas d’adhésion du groupe. “Apprendre en s’amusant” est synonyme d’un cadre moins scolaire, où il est possible d’expérimenter, d’essayer, de s’essayer, de pratiquer et d’intérioriser. Dans un cadre bienveillant, avec des adultes garants, cela amène souvent à une valorisation de la personne, à un sentiment de réussite. Cela améliore l’estime que le jeune a de lui et l’entraine dans un cercle vertueux où il peut se sentir capable d’essayer encore. L’adulte et le groupe représentent aussi le soutien, la solidarité qui, en cas d’échec, deviennent ainsi une ressource. »


Cette illustration, en guise d’entrée en matière, n’est pas sans rappeler les résultats des recherches menées à propos de l’importance des activités extrascolaires sur le bien-être et la santé mentale des jeunes et des enfants issus des migrations.


Pourquoi faciliter l’accès des jeunes migrants aux activités ludiques, sportives et créatives ?

En Belgique, près de 30 % des demandes d’asile concernent des enfants (Devries, 2019). Nombre d’entre eux ont dû faire face à des évènements stressants, voire potentiellement traumatisants. Au-delà des aspects matériels tels que le logement, l’alimentation ou encore l’accès à l’éducation, l’accompagnement de ces enfants doit avoir également pour priorité l’assurance de leur bien-être psychologique et social.
Bien qu’elles restent peu étudiées, les activités ludiques, (ré)créatives et sportives participent à créer les conditions nécessaires pour favoriser l’épanouissement et l’amélioration des conditions psychosociales des enfants migrants.


Un parcours qui vulnérabilise la santé mentale d’enfants migrants


Malgré la singularité de chaque parcours migratoire, une chose rassemble les personnes qui, par choix ou par nécessité, décident de migrer : les ruptures de liens et de repères. Ces ruptures ne sont pas seulement d’ordre spatial, elles sont également culturelles, temporelles ou encore relationnelles. Ainsi, que le départ ait été planifié ou qu’il ait été soudain, l’expérience de la migration reste potentiellement traumatisante (Szikra et coll., 2019). À cela s’ajoutent les conditions d’accueil et les procédures administratives qui peuvent parfois durer plusieurs mois voire plusieurs années. L’instabilité qui en découle est source de stress et d’angoisse, éléments qui « favorisent, dans certains cas, des décompensations psychiques ou des somatisations » (Manço et coll., 2006, 21).


D’après une recherche datant de 2006, il semblerait que la dimension comportementale de la santé des jeunes migrants récemment arrivés dans un pays puisse se détériorer au fur et à mesure de leur séjour. Les jeunes primo-arrivants auraient tendance à percevoir leur qualité de vie et leurs loisirs comme étant de moins bonne qualité que les jeunes natifs. Par ailleurs, la perception de leur qualité de vie et de leur santé psychique aurait également tendance à se détériorer sur le long terme (Renard et coll., 2006). Soulignons également que les adolescents primo-arrivants sont plus fortement impactés dans cette phase d’intégration. En cause, l’apprentissage d’une langue « à un âge plus avancé », l’angoisse administrative, le choc lié à l’introduction d’une nouvelle culture parfois très éloignée de la sienne et les relations conflictuelles qui peuvent survenir avec des personnes adultes issues de la nouvelle culture. Qui plus est, le passage à l’adolescence, empreint de bouleversements, peut donner lieu à une « surinterprétation » des mondes intérieurs et extérieurs qui peut déboucher sur des phases de paranoïa. Selon Jamoulle (2011, 72), dans les quartiers paupérisés de Bruxelles, les jeunes issus de la migration peuvent par exemple avoir : « le sentiment que les autres parlent d’eux, dans leur langue, et les disqualifient ». Baubet et Moro (2013), soulignent que l’impact de la migration sur la vie mentale est plus complexe à appréhender s’il s’agit d’un enfant qui se construit en s’appuyant sur un modèle culturel, une façon de faire transmise par les parents. Car l’enfant sera, en grandissant, amené à vivre des situations paradoxales où le modèle appris ne correspondra pas nécessairement à celui de la société d’accueil. Cet aspect paradoxal voire ce « conflit de loyauté » (entre la culture du pays d’origine et la culture d’accueil), est d’autant plus prégnant pour les enfants non accompagnés.



Le syndrome de stress post-traumatique chez les jeunes et les enfants migrants


Mouhica (2017) souligne qu’en Europe, les migrants, surtout les réfugiés, sont plus enclins à souffrir de troubles de stress post-traumatique (PTSD) que les natifs. Ce constat est confirmé par une majorité de recherches qui observent un taux élevé de dépression, d’anxiété et de stress post-traumatiques. Cette prévalence est notamment expliquée par le risque élevé de séparations ou de pertes d’êtres chers (Unterhitzenberg et coll., 2015). De plus, les conditions d’accueil impactent fortement les jeunes migrants puisqu’on relève des taux de dépression plus sévère associée à un statut d’asile non résolu, compliqué par des difficultés financières et existentielles (Heptinstall et coll., 2004). Dans le cas des enfants plus jeunes, les symptômes peuvent être multiples et divers tels que « l’instabilité et l’inattention, et parfois l’échec scolaire, ou des psychopathologies comportementales (vols, fugues) en passant par des troubles psychosomatiques ou des états dépressifs » (Anaut, 2002).


Selon Omar (2015), les enfants atteints du syndrome du PTSD peuvent s’inscrire dans des stratégies d’évitement et avoir tendance à se taire lorsqu’une personne extérieure tente d’évoquer le trauma expérimenté. Si la situation le permet, il est intéressant d’imaginer des outils alternatifs à la médicalisation et à la psychothérapie, tels que des activités artistiques, créatives, récréatives, ludiques et sportives, dans toutes leurs variantes, qui permettront de « mettre le cerveau au repos, de sorte à diminuer les flash-back tout en favorisant une expression libre et une réappropriation du corps par la détente ».


Favoriser la résilience des jeunes dans un contexte périmigratoire

De ces déstabilisations peut émerger un processus de résilience, c’est-à-dire « la capacité de sortir vainqueur d’une épreuve qui aurait pu être traumatique, avec une force renouvelée » (Anaut, 2002, 102). Il s’agit de pouvoir continuer à vivre, à se développer, à se projeter malgré des difficultés vécues. Une faculté qui s’observe tant au niveau individuel que collectif. Si la résilience permet de se défendre face à un évènement menaçant, elle inclut également la capacité de faire sens de son propre vécu, à savoir une « mentalisation » qui passe par l’expression et le partage avec d’autres d’émotions et de sentiments.
Pour l’enfant migrant, il est tout aussi fondamental de jouer et de vivre son innocence. Le simple fait de s’extraire de la solitude et de retisser les liens est une étape prépondérante dans la reconstruction de soi. En ce sens, les loisirs et le sport peuvent aider les jeunes migrants à reprendre en main leur existence, leur corps, leur esprit, mais aussi leur place au sein d’un groupe et d’un espace dans la société d’accueil. Les contextes où se développent « des projets, des rêves et l’humour (…) exercent un effet favorable sur leur estime d’eux-mêmes, leur sentiment d’efficacité personnelle, leur renforcement identitaire, ainsi que sur leur inscription sociale au sein de leur groupe d’appartenance et de la société en générale » (Manço et coll., 2006, 28).


Entre résilience et bientraitance 1 les activités ludiques, sportives et artistiques ont beaucoup à apporter aux enfants. L’OMS (2020) définit par ailleurs les loisirs et les sports comme des bases essentielles du bien-être psychosocial. En effet, ces activités constituent d’une certaine manière de nouveaux groupes de référence et d’appartenance qui tendent à renforcer la cohésion intragroupe et le sentiment de maîtrise nécessaire à l’élaboration identitaire. Certes, l’école aussi peut être source d’appartenance et faire émerger — en la personne d’un professeur ou d’un éducateur, par exemple — un tuteur de résilience, mais il est conseillé de multiplier et de diversifier les sources permettant aux jeunes de développer leurs capacités, car tous sont porteurs d’aptitudes (cognitives, linguistiques, etc.), d’orientations et d’aspirations différentes. D’autant plus que les adolescents primo-arrivants ont tendance à quitter rapidement le système scolaire. D’où la nécessité de leur permettre de choisir d’autres activités vectrices d’intégration sociale, de valeurs et surtout de résilience (Martin, coll., 2006).


Dans ce cadre, des recherches soulignent la force des activités créatives pour renforcer la résilience des enfants. En effet, l’imagination et la création font partie de ces mécanismes de défense qui permettent aux individus de donner du sens à leurs trajectoires parfois chaotiques (Anaut, 2002). Pour Rizzi (2015), les cultures des enfants migrants, les souvenirs et héritages qu’ils ont de leurs familles sont une source inépuisable de créativité. Notons également que le rôle de tuteur de résilience n’est pas nécessairement une personne, il peut également s’incarner au travers des activités sportives, créatives et ludiques (Ciprut, 2007). Enfin, dans un rapport retraçant la situation des enfants migrants et réfugiés en Belgique, UNICEF (2018) pointe l’importance du loisir ou du sport comme vecteurs d’épanouissement et de résilience chez les jeunes immigrés. En ce qui concerne les enfants placés en centre, l’accent est particulièrement mis sur la nécessité de pratiquer une activité en dehors des centres d’accueil et des écoles afin de pouvoir tisser des liens avec les enfants du pays d’accueil et d’autres éducateurs ou moniteurs.


Ce terme fait référence aux pratiques positives et respectueuses qui permettent de garantir le bien-être et le développement de l’enfant en fonction du contexte dans lequel il évolue. Parmi les critères de bientraitance, Graz et coll. (2009, 93) classent « des moments permettant la création de liens entre les enfants », ainsi qu’« un aspect ludique (…) dans les activités proposées ». La bientraitance doit être réfléchie et appliquée par les clubs sportifs, des groupements culturels, musicaux, artistiques, les troupes de scoutisme, etc. afin que ces activités parascolaires participent du bien-être et du bon développement des enfants, en particulier en souffrance, comme les MENA. Le point commun de ces divers contextes est leur aspect collectif qui permet le soutien des uns par les autres.

Ainsi, UNICEF recommande l’implication des jeunes issus d’un parcours migratoire dans des activités au sein des communes, par exemple les mouvements de jeunesse.

Apports positifs des activités ludiques, créatives et sportives


Toutefois, le lecteur est en droit de se demander si l’apport positif des activités ludiques, créatives et sportives sur le développement psychosocial des enfants migrants a pu être démontré. Plusieurs recherches ont été menées sur ce sujet et nous aident à répondre à la question — bien qu’elles abordent les réalités parfois de manière éparse. En France, par exemple, le travail mené par Rizzi (2015, 28) s’appuie sur la pratique du dessin dans un cadre thérapeutique afin de permettre à l’enfant de dialoguer. Le dessin est un outil d’expression particulièrement utile puisqu’il permet à des enfants ne maniant pas la langue française de pouvoir s’exprimer. En outre, la pratique en question permettrait également de soutenir « le processus d’élaboration psychique et culturelle de l’enfant dans le groupe ».


De plus, il apparaît que la pratique du jeu permet aux enfants ciblés par l’étude de mieux maîtriser le français. Il existe en effet un lien entre la qualité des relations interpersonnelles dont l’adolescent bénéficie et son envie d’apprendre la langue du pays qui l’accueille (Jamoulle, 2011). En Belgique, des expériences similaires ont été menées dans les centres spécialisés pour les MENA à travers la pratique du yoga. Ses bienfaits, rapportés par Liénart (2015, 15), impactent tant le psychique que le corps des jeunes migrants : « certains sont plus détendus, d’autres voient une amélioration de la qualité de leur sommeil, voient leurs céphalées diminuer, d’autres encore s’ouvrent et souhaitent s’exprimer sur leur vécu ».
D’un point de vue médical, les recherches tendent à montrer que la pratique d’un sport permet d’atténuer les comportements angoissés, conséquences d’un stress répétitif : l’exercice physique régulier aurait un effet anxiolytique (Leem et coll., 2019). L’activité physique intensive serait susceptible de diminuer le risque d’anxiété secondaire, notamment celle liée au syndrome de stress post-traumatique (Schuch et coll. 2019). Plus spécifiquement, une étude portant sur la course à pied encadrée en groupe note que les capacités sociales et cognitives des individus sujets à des troubles de l’humeur s’améliorent, ainsi que leur perception d’une meilleure santé physique, mais aussi mentale (Keating et coll., 2019). Toutefois, il est à noter que le nombre de recherches scientifiques sur le sport et le jeu comme traitements des états de stress post-traumatique doit être encore approfondi, comme le souligne une revue systématique de la littérature (Lawrence et coll., 2010).


Au-delà des questions mentales stricto sensu, la question de l’intégration sociale se pose également. Le sport est en effet souvent présenté dans les médias comme une activité qui favorise l’insertion des adolescents. Charrier et coll. (2012) ont pu isoler, à partir d’observations menées dans des villes françaises, quatre processus qui permettent d’expliquer l’apport positif des activités sportives sur le devenir social des jeunes : (1) le sport faciliterait la construction identitaire des jeunes, (2) favoriserait « l’acquisition d’une capacité économique », (3) aiderait à créer du lien social et, enfin (4) participerait à la construction et à un meilleur climat social, même si l’activité sportive n’est pas l’unique occupation qui produit ces résultats et, du reste, son pouvoir n’est pas absolu ! Pourtant, des constats similaires émaillent l’expérience personnelle de très nombreux sportifs d’origine étrangère. Tel est le cas, par exemple, d’Amjahid, championne du monde de jiu-jitsu et fille d’une famille ayant immigré en Belgique. A. Amjahid confirme que le sport fut pour elle un important vecteur d’intégration sociale, car selon elle entre athlètes la seule différence qui compte est celle de la performance. Une enquête menée dans des quartiers populaires bruxellois auprès d’adolescents issus des migrations met ainsi en exergue la nécessité de renforcer l’accessibilité pour ces jeunes à des espaces de création et d’expression, ainsi qu’aux clubs sportifs. Elle met également en avant, d’une part, les bienfaits de la dynamique collective au coeur de ces activités et, d’autre part, l’opportunité d’innover, à partir du métissage des participants issus de tous horizons (Jamoulle, 2011).


Conclusion


L’aspect collectif de ces activités, leur force de cohésion, de mentalisation et d’apaisement ou encore le fait qu’elles permettent aux jeunes et aux enfants de tisser des relations avec divers groupes et de trouver de nouveaux moyens de s’exprimer sont tout autant de critères qui permettent de renforcer la résilience de ces jeunes qui vivent une expérience périmigratoire, à un moment charnière de leur développement. En ce qui concerne les activités sportives, les récentes recherches cliniques montrent que l’activité physique régulière constitue à la fois un rempart et un soulagement de certains troubles psychosociaux telles que l’angoisse, l’agoraphobie ou encore le syndrome post-traumatique.


Si la plupart de nos constats sont tirés de recherches sociopsychologiques, pour l’IRFAM, il est important de rappeler la place du droit dans cette thématique. Au-delà de l’importance du divertissement ludique, sportif ou artistique comme vecteurs d’intégration et de résilience pour les enfants migrants, ces activités doivent avant tout être pensées comme essentielles à leur développement. Comme le souligne B. de Vos, délégué général aux droits de l’enfant en Fédération Wallonie Bruxelles, toute activité qu’elle soit culturelle, artistique, sportive ou ludique doit pouvoir être accessible à tous les enfants sans discrimination. Non seulement le jeu est une activité naturelle, mais il est également un droit inscrit dans la Convention des droits de l’enfant, en ce sens que le jeu favorise l’apprentissage, le développement physique et intellectuel. Il permet également de panser les évènements traumatiques survenus chez l’enfant (Ciré, La Ligue des familles, 2019). Conséquemment, l’accès au jeu et au divertissement constitue un droit à part entière qui se doit d’être respecté, sinon accompli avec le soutien des politiques sociales. Toutefois, en l’état, nous l’avons vu, les structures permettant de démocratiser l’accès aux activités extrascolaires survivent notamment grâce au bénévolat. S’il est indéniable que le sens civique des volontaires est à louer et qu’ils constituent un modèle social pour les jeunes dont ils s’occupent, nous sommes en droit de nous nous demander s’il est légitime que les pouvoirs publics se reposent autant sur les mobilisations de citoyens solidaires pour des matières comme l’éducation informelle dans ses multiples aspects, et dont on mesure l’importance pour le développement des jeunes les moins favorisés.


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Notes

  1. Ce terme fait référence aux pratiques positives et respectueuses qui permettent de garantir le bien-être et le développement de l’enfant en fonction du contexte dans lequel il évolue. Parmi les critères de bientraitance, Graz et coll. (2009, 93) classent « des moments permettant la création de liens entre les enfants », ainsi qu’« un aspect ludique (…) dans les activités proposées ». La bientraitance doit être réfléchie et appliquée par les clubs sportifs, des groupements culturels, musicaux, artistiques, les troupes de scoutisme, etc. afin que ces activités parascolaires participent du bien-être et du bon développement des enfants, en particulier en souffrance, comme les MENA. Le point commun de ces divers contextes est leur aspect collectif qui permet le soutien des uns par les autres.

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